Révolution numérique et sport

L’époque est au changement : politiques bien sûr, mais aussi économiques, institutionnels, administratifs, syndicaux, culturels, médiatiques. Le sport n’échappe évidemment pas à ces transformations. Nous pouvons en identifier quatre principales. Combinées, elles dessinent à l’horizon 2025, un nouveau paysage sportif très différent de celui du 20ème siècle.

  • La première concerne l’évolution de la culture sportive. Elle est passée des valeurs disciplinaires des sports olympiques aux valeurs hédonistes des sports «alternatifs » (glisse, fitness, outdoor…).
  • La seconde est issue du changement sociétal. À l’image de la population française, la société sportive vieillit et, en contradiction avec tout le sport du 20e siècle, elle se féminise.
  • La troisième concerne la demande sociale. Toutes les études montrent que les Français revendiquent moins de sports de concurrence et plus de sports de connivence.
  • Enfin, la quatrième porte sur les innovations techniques et technologiques qui créent les conditions d’apparition d’un nouveau marché des biens (matériel et équipements) et des services.

Jusqu’aux années 1970, on ne s’intéressait qu’aux techniques sportives. Au cours de la décennie 1990, avec les sports de glisse, les technologies mécaniques (snowboard, VTT, roller…) ont permis le développement d’une nouvelle industrie. Depuis 2010, des start-up proposent une logique commerciale inédite reposant sur
des technologies numériques.

Aujourd’hui, les sportifs souhaitent « vivre des expériences » qui mêlent étroitement pratiques sportives et lien social. Devant cette exigence, la digitalisation des services est la réponse appropriée.
Elle constitue le portail d’entrée pour investir de nouveaux secteurs de développement reposant sur des usages sportifs qui se «dématérialisent» à grandes foulées. La réussite exceptionnelle d’applications comme, par exemple, Tom Tom Sport, Strava, Runtastic, Nike+ RunClub, My FitnessPal ou encore Running Heroes
le montrent. Ces succès combinent une double difficulté pour le mouvement sportif : issus d’une demande de sport totalement nouvelle, ils sont encore en phase de consolidation. Ce qui signifie que les nouvelles pratiques sociales et sportives qui les organisent sont trop précoces pour que de lourdes institutions comme les
fédérations s’y risquent. En ne faisant pas cet effort d’adaptation, elles laissent le champ libre à des start-up très «agiles » à la fois créatives et réactives qui, par contre, prennent tous les risques. Ces dernières
maîtrisent suffisamment les technologies digitales pour ne pas hésiter à investir de nouveaux «gisements de valeurs » à fort potentiel de croissance comme le fitness.

Pour concevoir cette «expérience sportive» inédite à laquelle aspirent les pratiquants, les apports du digital sont incontournables. Ils créent les conditions indispensables pour vivre des activités reposant sur des animations toujours plus immersives et conviviales. Celles-ci sont destinées à des groupes informels prenant la forme de communautés sportives sans adresse postale, mais dotées d’une adresse Internet. Pour autant, la force du numérique ne se résume pas à rapprocher les producteurs de services sportifs des pratiquants. Elle leur permet aussi d’identifier précisément leurs véritables besoins et motivations. Les
outils digitaux issus du marketing numérique autorisent la mise en place d’une nouvelle communication doublée de dispositifs inédits d’évolution en temps réel des services proposés.
Au regard de ces éléments, il apparaît que la digitalisation des services est désormais un axe prioritaire de développement, de différenciation et de compétitivité pour les organisations sportives novatrices. Cette
tendance va se renforcer avec la concurrence accrue des start-up qui ciblent une clientèle avide de solutions à forte valeur ajoutée technologique. L’offre sportive sera donc de plus en plus connectée pour répondre aux nouveaux usages. Après avoir connu de premiers développements numériques réussis au sein d’organisations pionnières, c’est l’ensemble du sport français qui basculera dans la transition digitale.

Source : Magazine Fitness Challenge, n°31